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Je me souviens d'une longue nuit d'hiver
en tous point semblable à celle d'hier
La lune était en son décroissant,
Décembre rugissait son froid glaçant;
je dormais alors rêvant à ma chère et douce Marine,
à chaque détail de son visage que l'infini décline,
quand soudain, j'entendis comme un bruissement
qui résonna dans ma vieille bâtisse en bois de chêne,
comme un grincement inattendu et qui s'enchaîne,
emportant dans la foulée mon sommeil mélancolique avec mon
tressaillement
et le beau souvenir de ma Vénus Marine que je tissais
passionnément.
Le silence réapparut alors bien plus vaste et imposant,
Chaque flocon de neige scintillait à ma fenêtre en se
brisant;
puis tout à coup, se fit entendre de plus bel
en cette étrange et solitaire veille de Noel
l'infâme troublant bruissement, voleur de mon sommeil
qui m'arracha du sein de mon Amour vermeil :
Ma précieuse et flamboyante Marine.
Mon imagination sema dans mon esprit quelques terreurs
et dans mes veines grondait...
bouillait soudain une effroyable ardeur.
Mon coeur trop inquiet s'épuisait en battant plus encore
de ce qui allait m'arrivait sans rien savoir encor !.
Je me disais : "C'est quelque branche d'un arbre
que le vent frotte contre ma cabane;
c'est cela et rien de plus."
Mais une autre
fois, le silence fut rompu
Le
même bruit perça l'infini corrompu .
J'ouvris alors doucement, toute grande, ma fenêtre
une bête sauvage surgit aussi rapide qu'un spectre.
Sa tête massive et son corps au long pelage épars,
fendirent la
nuit tel un éclair perçant de toute part
La créature
avait les yeux d'un tigre,
Vifs, puissants, féroces, irisés de cuivre
C'était un chat Persan.
Un chat Persan au poil d'argent !
Sans même un rugissement,
sans même un miaulement,
le félin retomba sur ses pattes et s'en alla trouver mon
lit,
De tout son long, y posa ses pénates et planta ses griffes aux
plis.
L'étrange animal couché au milieu des coussins
avait tacheté de neige en de petits essaims
les draps encore tout infusés de ma chaleur
et m'attendait pourvu que je lui fasse honneur !
Par Dieu ! je n'arrivais toujours pas à croire
Comment une telle bête chez moi, eût pu échoir !
J'habitais pourtant bien à plus d'un mille des côtes,
Et sur mon île,
pas une lumière, pas un seul hôte !
Son regard puissant, profond et hypnotique
m'emplissait de visions folles et fantastiques.
Au bord d'une pensée, il me sembla
revoir dans ce chat de l'Au-delà,
ma Marine perdue.
J'admirais sa longue robe argentée qui le rendait
incandescent
et qui s'ébouriffait jusqu'aux poils de ses yeux d'un air
presque indécent !
On aurait dit un de ces animaux de La Fontaine, sortant de
quelque conte,
un personnage cher à Lewis Carroll et Andersen qui passerait
pour un Comte.
"Si tu ne miaules pas, lui dis-je, c'est que tu as peut-être
appris le langage
des humains."
Pas un son ne sortit de la bête.
J'insistais :
- " Est-ce toi, Bast° qui vient m'apporter quelques espoirs
d'aimer sans fin encore et de toujours y croire
."
Pas le moindre signe de sa tête.
"Oh, combien ma chère Marine t'aurait aimé... "
Je vis alors le chat Persan dresser ses deux oreilles
fixant mes yeux intensément d'une façon sans pareille !
"Marine...répétais-je, plein d'étonnement, oui, ma tendre Marine..."
Au doux nom de ma bien-aimée, ses yeux s'épanouissaient
et ses oreilles toutes délicates, soudain se redressaient.
je m'interrogeais :
"Comment pouvait-il connaître celle qui habitait mon cœur
et réagir ainsi toujours au son de sa clameur ?"
L'animal laissa ma main plonger dans sa molle et dense fourrure
d'argent
chargée de
mille et un secret qui entremêlaient ses poils en les
figeant.
L'ivresse et la lente gourmandise se mêlaient dans ses
prunelles
où de petits saphirs tournoyaient et se cherchaient
querelles.
Au milieu d'une infinie et langoureuse caresse,
que je prolongeais sur les côtes et l'échine enchanteresse,
je crus un instant entendre comme un lointain murmure
comme un léger soupir au ronronnement qui perdure.
Ne résistant davantage :
"O douce Marine, si tu savais à quel point je t'aime,
si l'injuste destin vers moi, un jour te ramène
j'irai reconquérir le Paradis perdu de nos sages aïeux
dans l'irrésistible ciel obscur de l'empire de tes yeux.
je me relèverai du gouffre froid, livide et de l'abîme
immonde
je ramasserai mes ailes noircies, froissées, gisantes près
de ma tombe;
et je volerai en Eternel° sur les vagues des cieux jusque
ton cœur
en un rayon de Raphael, vaporeux, irisé de splendeur.
Et sur la pulpe de tes lèvres, je déposerai la Grâce de mon
Amour
afin que partout dans le monde s'éveille l'aube séraphique°
d'un nouveau jour.
Quand j'eus à peine fini mon oraison,
le beau félin sans la moindre raison
quitta le linge immaculé de son récif,
la pupille dilatée et l'esprit comme pensif.
Il s'arrêta alors devant un vieux miroir antique
qui se tenait debout tel un fantôme allégorique,
debout dans un recoin isolé de ma petite chambre
où s'amoncelait discret, un tas d'invisibles cendres;
Le chat Persan d'un ailleurs, jadis apparu
observa son reflet un instant,
se retourna vers moi, hésitant
puis traversa la glace et d'un saut, disparu.
Tandis que
j'approchais de cette mystérieuse antiquité
du secret
passage où reposait discrète, l'éternité
Je me souvins
alors de ce miroir gisant dans une brocante
Sa singulière
nature frappa mon âme tant je la crus vivante
Son cadre qui vit naître
des rois, des Empires, des Epoques...
°Bast
était vraisemblablement le nom qu'employaient les Égyptiens
pour appeler Bastet,
leur déesse bienfaisante. Fille de Rê, déesse de la musique
et de la joie,
Incarnation
calme et douce de l’œil de Rê,
elle est
représentée sous l’apparence d’une chatte ou d’une
femme à tête de chatte.
°En Eternel
: à l'image de Dieu, comme l'Etre Suprême
°séraphique : angélique,
céleste, divin, étheré, pur, harmonieux.
Charles de Nemours
Première version déposée. Décembre 2006
Copyright.
Version définitive. Tous droits réservés.2009
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